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Une semaine après l’ouverture de la campagne, aucun candidat à Kossyam, n’a franchi le seuil de Kpuere. Des habitants  prétendent connaitre quelques candidats grâce à leurs affiches collées sur des murs ou des arbres. Ils les attendent de pied ferme pour exposer leurs difficultés, condition pour les voter.

WIN_20151115_132424Localité frontalière du Ghana et de la Côte d’Ivoire, Kpuéré ne connait pas la fièvre de la campagne électorale.   « Est-ce parce que la route est en mauvais état ou est-ce parce que nous sommes une zone frontalière ? »  se demande Elie OUEDRAOGO, un jeune de Kpuéré.

En plus de l’absence des prétendants au fauteuil présidentiel, les habitants peinent à s’informer sur leurs programmes de société. Ici, il est quasiment impossible d’intercepter la télévision et la radio nationale. Les plus nantis se munissent d’une antenne parabolique pour être aux aguets de l’information.  « Pour avoir des nouvelles du pays, nous appelons nos parents à Ouagadougou. C’est ce que nous faisions au temps fort du putsch de Diendéré » confie Saadou DIALLO, éleveur vivant à Fadio à 1 kilomètre de la Côte d’Ivoire. Par contre, des chaines ivoiriennes et ghanéennes arrosent la zone « pour écouter la radio ici, il faut comprendre baoulé, ashanti ou koulango » précise Saadou.

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Difficile donc pour les populations de se familiariser avec les présidentiables, qu’ils peinent à nommer « Je connais Zéphirin Zabré, Roch Man Christian Kaboré» cite maladroitement Sita DIALLO, devant son commerce. « Je suis seulement au courant de l’UPC, du MPP et du PDC » ajoute Yourhire HIEN avec sa fillette au dos.

Kpuéré attend avec impatience les candidats pour un échange direct. Ils manquent d’eau, sans oublier  le chômage et le mauvais état de la voie « Pendant la période des pluies, nous sommes coupés du reste du pays. Pour les courageux qui décident d’emprunter malgré tout la route, ils passent au minimum trois jours pour se rendre à Batié, ville la proche de Kpuéré, distante d’une cinquantaine de kilomètres » témoigne Sita Diallo, qui effectue régulièrement des voyages pour s’approvisionner en divers articles.

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« Que le futur président, sache que nous voulons nous sentir Burkinabè ».

Le commerce transfrontalier fait vivre des familles à Kpuéré. Saadou DIALLO gagne mieux, en vendant ses bœufs en Côte d’Ivoire qu’au Burkina « Je vends un taureau à 40.000 FCFA au Burkina Faso. Mais si je me rendais en Côte d’Ivoire avec le même taureau, je le vendrais à 500.000 FCFA. Le déplacement dans ce pays génère des coûts que je dois déduire de la vente du bétail » nuance-t-il.

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Le brassage  entre les résidents de Kpuéré et ceux des pays voisins est réel. Certains se sentent plus ivoiriens ou ghanéens que burkinabè. C’est le cas de Dari qui a le sentiment d’avoir été abandonné par les autorités. « Nous avons des cartes d’électeurs et nous allons voter le 29 Novembre prochain. Que le président qui sera élu, songe à nous. Qu’il sache que nous voulons nous sentir burkinabè » conclut Dari SOME dans son atelier de mécanique.

 Marie Laurentine BAYALA

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