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Mamadou Barro, SG F-Synter

A travers la lettre ouverte, ci-après, adressée au Premier Ministre burkinabè, la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER) interpelle le gouvernement sur « les rapports difficiles avec le Ministre de l’Education Nationale ». Dans sa lettre, la Fédération dénonce « un abus d’autorité manifeste ».

La F-SYNTER s’adresse à vous suite à une rupture totale de dialogue avec le Ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation (MENA). Nous osons croire qu’il s’agit d’une démarche solitaire que votre gouvernement ne partage pas, puisqu’au même moment où le MENA adoptait à notre égard une attitude que nous considérons comme du mépris, il nous a été donné de constater que vous et le Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MESRSI), avez déployé de grands efforts pour trouver un terrain d’entente avec les organisations syndicales de l’enseignement supérieur dont la F-SYNTER. En tout état de cause, notre syndicat a pris acte de la volonté clairement exprimée du Ministre COULIBALY Jean-Martin, de n’avoir aucune considération pour l’enseignement post-primaire et secondaire et pour un  syndicat représentatif de ce secteur. Avant de tirer définitivement la conclusion si oui ou non votre gouvernement est aligné sur la position du MENA, nous vous adressons la présente sous la forme d’une lettre ouverte pour vous prendre ainsi que l’opinion nationale à témoin.

Exposé du motif du conflit qui nous oppose au MENA.

En Novembre 2015, un certain nombre de professeurs ont saisi la Coordination F-SYNTER des Cascades des affectations irrégulières dont ils avaient été l’objet. Ils avaient postulé en 2013 au concours de recrutement par le Ministère de l’Enseignement Secondaire et Supérieur (MESS), d’enseignants pour le secondaire. A leur sortie en 2015, ils ont été affectés le 19 Octobre 2015 par le Directeur Provincial de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation (DPENA) de la Comoé, BARRO Seydou, dans des établissements du post-primaire comme directeurs de CEG, sans numéro matricule, sans aucune expérience de l’enseignement et sans leur consentement. Puis c’est au tour du Directeur Régional (DR) du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur de les affecter le 05 Novembre 2015, dans d’autres établissements comme simples enseignants avant de faire marche arrière pour annuler sa propre  décision, le 03 Décembre 2015. Sur quoi le DR s’est-il fondé pour opérer ces affectations ? De toute évidence, c’est sur l’arrêté N° décision n°2015-310/MESS/SG/DRH qui a mis ces agents à la disposition du Secrétariat Général du MESS qui constitue l’acte administratif principal devant gérer l’entrée desdits agents dans leurs nouveaux emplois.

C’est dans un tel contexte de désordre administratif inqualifiable, qu’après de nombreuses menaces et pressions, certains professeurs ont cédé et ont rejoint les postes comme directeurs. Deux camarades : ZONGO Jean Mle 281661 M actuellement en service au Lycée départemental de Dakoro (toutefois, dans un premier, il a respecté la décision du DPENA avant d’avoir connaissance de celle du DR MESS qui le mettait à Dakoro), YONABA Djibril 281666 R en service au Lycée Municipal Hema Fadouah Gnambia de Banfora, sont restés sur leur position de ne pas rejoindre les postes comme directeurs et dispenseront les cours dans ces établissements (où ils ne se sont pas affectés eux-mêmes), jusqu’à la fin de l’année scolaire 2015-2016. A ces postes, il leur a même été délivré des certificats de présence.

Aucune mesure de régularisation (en dépit des erreurs administratives manifestes) n’a été prise par les autorités chargées de l’éducation malgré les démarches de la Coordination au niveau local et du Bureau national de la F-SYNTER auprès du DR MESS Cascades BAYALA Cyrille. Et pour cause ! C’est le mois de Mai (à la fin de l’année scolaire) qu’attendait le DPENA pour lancer des communiqués de mise en demeure de rejoindre les postes, qui ont été diffusés sur les ondes de la radio nationale enjoignant aux camarades de rejoindre les postes des affections décidées par le DPENA. PLUS DE SIX MOIS APRES LEUR PREMIERE AFFECTATION IRREGULIERE PAR LE DPENA. Dès que le bureau national a été saisi le 4 Mai 2016, le même jour, il a pris contact avec le Secrétaire Général du MENA qui a promis vérifier. Puis aucune réaction, jusqu’au 20 Mai 2016, où après information à la solde le syndicat s’est rendu compte que les salaires des deux camarades avaient été suspendus, suite à une correspondance n°00626 du 6 Mai 2016, toute chose qui ne peut avoir été faite qu’avec l’approbation  du cabinet du Ministre. Soit deux jours après que nous avons saisi le SG MENA.

L’implication personnelle du Ministre lui-même dans cette machination qui se dessinait se confirmera le 06 Juin 2016, lorsque le Bureau National de la F-SYNTER prenant la mesure de la situation qui se dégradait, écrit au ministre, pour exposer les faits et demander une audience dans des délais rapides. Jusqu’à ce jour, l’audience demandée n’a pas été accordée. Par contre, nous avons constaté que le ministre a développé une grande activité pour finaliser le BEPC en ignorant la désapprobation massive des militants de la F-SYNTER qui ont manifesté contre la mesure arbitraire de suspension de salaire de deux camarades, quasiment dans toutes les localités du pays où se tenait cet examen.

De ces évènements, il ressort un abus d’autorité manifeste fondé sur trois éléments essentiels :

  1. Nommer à un poste de direction un agent à peine sorti de l’école, sans numéro matricule, sans aucune expérience en violation du décret n°95-193/MESSRS/MEFP/MFPMA portant règlementation des fonctions de chefs d’établissements et d’autres responsables dans les établissements d’enseignement général et technique qui stipule que « Il est établi chaque année par arrêté du Ministre chargé de l’enseignement secondaire une liste d’aptitude aux fonctions de Chef d’établissement sur laquelle sont inscrits, sur leur demande, les professeurs répondant aux critères définis aux articles 10 et 9 du présent décret. La liste est réactualisée chaque année par l’adjonction des nouveaux postulants remplissant les critères ci-dessus visés. Elle est rendue publique.» Les conditions de 7 ans d’ancienneté édictées à l’article 10 excluent les professeurs de CEG que sont nos deux camarades de toute possibilité de nomination à une quelconque fonction de chef d’établissement
  2. Obliger cet agent à accepter une nomination alors qu’il a clairement signifié son refus.
  3. Sur ces bases suspendre, le salaire de cet agent alors qu’il a rempli ses charges professionnelles en dispensant ses cours dans un établissement public de l’Etat jusqu’à la fin de la présente année scolaire.

Sur quel texte se sont fondés le DPENA des Cascades et le Ministre qui a soutenu cette forfaiture pour faire une mise en demeure aux deux agents et pour finalement suspendre leur salaire ? Il faut que cela soit clarifié, car la base qui règle les relations entre les autorités et les agents de l’Etat ce sont les textes, autrement on verse dans l’abus d’autorité.

Cet abus d’autorité du MENA a été constaté dans la gestion d’autres problèmes posés par les acteurs du système éducatif depuis qu’il est à la tête du département. Or, la gestion d’une parcelle de l’autorité de l’Etat ne donne pas tous les droits à un responsable, fût-il ministre. L’agent a aussi des droits, en particulier celui de ne pas accepter une nomination et d’être soutenu par son syndicat que le responsable a l’obligation d’entendre. Autrement, le discours gouvernemental sur le dialogue avec les partenaires sociaux sonne comme un slogan creux. C’est grâce au « dialogue social » que les travailleurs et leurs syndicats ont accepté attendre, avec patience, l’effet financier d’une loi votée depuis Novembre 2015 et pour lequel effet financier, le retard accusé par l’Etat  dépasse aujourd’hui six  mois.

Cette situation des deux agents qui révèle des préoccupations que les syndicats de l’éducation avaient déjà soulevées dans leur document d’analyse sur le transfert du préscolaire et du post-primaire au MENA, au-delà de la polémique qu’elle engendre nous fait constater avec regret que le Ministre s’égare dans une démarche arbitraire alors qu’existent d’importants défis pour lesquels nous attendons toujours des solutions correctes de la part du gouvernement et notre interlocuteur direct qui est le Ministre de l’Education.

C’est pourquoi la F-SYNTER juge essentiel que le Ministre fasse de cette recherche de solutions aux problèmes urgents et fondamentaux de l’enseignement secondaire (premier et second cycle) une préoccupation en passant par la voie du dialogue.  Au lieu d’engager inutilement un bras de fer avec les travailleurs massivement mobilisés dans ce syndicat.

Excellence,

Nous vous communiquons, à toutes fins utiles, en pièce jointe, une plate-forme minimale urgente que le Ministre s’attachera à satisfaire avant la rentrée scolaire 2016-2017 pour « la restauration de l’autorité de l’Etat » qui lui tient tant à cœur.

Dans le sens d’une approche, malgré tout, restant toujours conforme aux exigences du dialogue social, nous sollicitons de votre haute bienveillance, une audience afin d’examiner les graves problèmes qui minent l’enseignement post-primaire et secondaire.

Dans l’attente d’une suite favorable, je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de ma très haute considération.

Pièces jointes :

  • Plateforme revendicative minimale urgente
  • Position des syndicats de l’éducation sur le transfert

Pour le Bureau National

Mamadou BARRO.

Secrétaire Général Fédéral.

Télécharger la Lettre ouverte de la F-SYNTER au PM (pdf, 802 Ko)

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