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Préparatifs de RIO + 20 : Les Civilisations disparues sont celles qui ont négligé la terre

Environnement | 13-06-2012, 20:17
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Zéro taux de dégradation des terres, c’est le leitmotiv de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (CNULCD) à RIO +20 dans moins de deux semaines. Son secrétaire exécutif, l’ancien ministre de l’environnement du BENIN, Luc GNACADJA l‘a réitéré à l’issue de l’atelier d’information des journalistes sur la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse organisé par le gouvernement algérien et la CNULCD à Alger du 29 au 31 mai 2012.

RTB/Webdiffusion (RTB/W) : Que faut-il entendre par désertification et dégradation des terres ?

L.G. : Il y a une erreur de perception et de conception qu’il convient de changer. La désertification ce n’est pas l’avancée du désert. Cette conception qui permet de nous déculpabiliser, de croire qu’il y a un ogre qu’on appelle le désert qui avance inexorablement quoi qu’on fasse n’est pas vraie. La désertification, c’est la perte de fertilité des sols en particulier dans les zones arides, semi-arides, et subhumides sèches. Les zones sèches sont considérées comme des localités où la rareté de l’eau est un défi quand il s’agit de l’exploitation des terres. Chaque fois que des pratiques entrainent à court, moyen ou long terme, la perte de productivité des terres nous sommes dans des situations de dégradation des terres. Quand on parle de sécurité alimentaire, il faut tenir compte du fait que ceux qui sont dans des situations de vulnérabilité sont des gens qui vivent en milieu rural pour l’essentiel sur des terres ou des sols dont la productivité et la fertilité ne suffisent plus à les nourrir. Pour les sortir de la pauvreté il faut améliorer la productivité de leur terre et la fertilité de leurs sols.

(RTB/W) : Près de 20 ans après sa mise en œuvre quel bilan peut-on faire pour la CNULCD ?

L. G : Deux décennies après sa mise en œuvre la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (CNULCD) a fait du chemin. D’abord la première décennie a été celle où il a fallu chercher et obtenir la reconnaissance, aujourd’hui je suis heureux de dire que cette convention fait partie des conventions les plus ratifiées des Nations Unies. Elle a été ratifiée par 195 parties à l’instar de la convention sur le climat, elle a d’ailleurs été pendant longtemps la convention la plus ratifiée. Ensuite, en 2007 lors de la Conférence des Parties (COP 8), il a été reconnu la nécessité d’impulser la mise en œuvre à travers une stratégie décennale pour 2008 – 2018 où l’accent a été mis à la fois sur la sensibilisation et sur le plaidoyer mais aussi sur le volet scientifique qui était nécessaire pour assurer la meilleure connaissance et donc assurer le suivi-évaluation de la mise en œuvre. Cette stratégie avait pour but enfin de mobiliser les ressources à travers des partenariats efficaces.

Aujourd’hui, nous sommes en train de pousser pour Rio +20 vers l’identification d’objectifs cibles que l’ensemble de la communauté internationale se donnerait et qui seraient évalués et suivis. On verra dans quelle mesure les tendances sont bonnes pour atteindre ces objectifs cibles qui permettraient aussi de sortir les problématiques de leurs tours d’ivoires respectives. La lutte contre la désertification et la dégradation des terres contribue aussi à la lutte contre la perte de biodiversité, elle contribue à l’adaptation des changements climatiques et à l’atténuation des gaz à effet de serre. Elle réduit la pauvreté tout en assurant la sécurité alimentaire. Les objectifs cibles permettront d’avoir plus de convergences.

(RTB/W) : En septembre 2012, cela fera bientôt 5 ans que vous êtes à la tête de cet organisme spécialisé en remplacement du burkinabé Arba DIALLO, quel parcours peut-on faire de votre action ?

L. G. : Déjà lors de la COP 9 qui a été la première que j’ai eu à organiser, il y a eu la première conférence scientifique qui a permis de mettre d’accord les scientifiques par rapport à la manière de mesurer les impacts des programmes de lutte contre la désertification mais aussi d’amener une certaine gestion axée sur les résultats dans le processus de mise en œuvre de la Convention. Aujourd’hui, cette convergence des scientifiques a permis d’avoir à partir de cette année, la possibilité pour les parties à la Convention de faire leur rapport pays en se fondant sur des indicateurs d’impact qui sont adoptés par tous. L’année dernière déjà, nous avons utilisé des indicateurs de performance. Nous voyons aussi un plaidoyer plus ciblé et une sensibilisation basée sur les meilleures pratiques que nous souhaitons mettre davantage en exergue. Il y a enfin, cette démarche qui permet de mettre l’accent pas simplement sur la lutte, mais sur l’impératif qu’il y a à restaurer les terres dégradées comme la réponse. Au lieu de plaider le problème, nous plaidons les solutions. Je l’espère, cela nous permettra de convaincre davantage sur notre position d’engager l’ensemble des acteurs, la communauté internationale vers un objectif cible pour 2030. Au plus tard en 2030, on s’obligerait à amener la quantité des terres restaurées au moins à hauteur des terres qu’on aurait dégradées.

(RTB/W) : Nous avons l’impression que la lutte contre la désertification a été occultée par les nouveaux défis climatiques. Que fait la CNULCD pour y remédier ?

L. G. : Le défi climatique a pris l’ascendant sur les trois conventions de Rio, simplement parce qu’il a fait l’objet de plus d’investissements de la part des parties aux conventions, on peut s’en étonner ce sont les mêmes parties qui sont aux conventions sur le climat, sur la biodiversité, qui sont aux conventions sur la désertification. Il faut savoir que l’un des facteurs qui explique l’ascendant que les changements climatiques ont eu à prendre, c’est le soutien scientifique que le Groupe Intergouvernemental des Experts sur l’Evolution du Climat (ndlr)a apporté pour une meilleure connaissance de l’impact des changements climatiques par rapport à la vie de tous et qui a amené les pays développés en particulier à mettre l’accent sur l’impératif qu’il y a à aller vers un développement faible en émission de carbone ou de gaz à effet de serre. Les pays partis aux conventions sur la désertification ont tendance à maintenir les processus dans des tours d’ivoire. Comment mesure t- on le début d’une dégradation des terres ? C’est par la perte des biodiversités des sols.

Dégradation des terres et biodiversité sont liées. Quand les terres se dégradent, il y a non seulement une perte de résilience des écosystèmes par rapport aux impacts ou aux chocs climatiques, aussi un accroissement des emissions de gaz à effet de serre. Les phénomènes sont liés, il n’y a que dans nos têtes qu’il y a des cloisonnements, dans la nature il n’y a pas de cloisonnement. On ne peut pas s’adapter aux changements climatiques à moins de mieux gérer nos terres, surtout pour les pauvres en milieu rural. On ne peut pas réduire les émissions de gaz à effet de serre à moins de mieux gérer nos terres. L’on sait que dans les pays en développement la réponse en termes d’atténuation d’un tiers des effets des émissions de gaz à effet de serre, proviendrait d’une meilleure gestion des terres. Si nous ne gérons pas mieux les terres, nous allons continuer à perdre nos forêts. 70 % de la déforestation provient de l’expansion des terres agricoles.

(RTB/W) : Rio +20 c’est dans deux semaines. Quel sera le principal message de la CNULCD à cette tribune planétaire du développement durable ?

L. G. : A Rio, la communauté internationale se retrouvera 20 ans après pour faire le point, pour redéfinir ou ajuster notre quête pour le développement durable. Je n’ai pas d’autre message que celui-ci (il brandit un document sur lequel est marqué 0 taux de dégradation des terres sur la page de garde). C’est cet appel qui dit que nous pouvons ramener à zéro la balance qui pour le moment est déficitaire entre le taux de dégradation des terres et le taux de restauration des terres. C’est possible, c’est faisable, c’est mesurable, ce n’est que gagnant-gagnant. Que l’on parle de mobilisation de la ressource en eau, que l’on parle de sécurité alimentaire ou de lutte contre la pauvreté, je voudrais qu’à Rio que l’on sorte l’agenda des terres du trou noir dans lequel il a été. Quand on parle de développement durable on lui donne une attention de commisération, on lui prête une attention de détail, charitable et pourtant chaque fois que dans l’histoire de l’humanité des civilisations ont disparu, c’est parce qu’elles ont négligé la terre, elles ont négligé les sols. J’espère que les mêmes causes n’auront pas les mêmes effets. Pour avoir cette espérance, il ne faut pas laisser les mêmes causes prendre racine d’où notre espérance qu’à Rio cette décision sera prise et que cet engagement pour se donner un objectif cible qui sera mesuré et évalué et qui tiendra pour responsables non seulement les gouvernements mais le secteur privé et les acteurs au niveau communautaire sera pris.

(RTB/W) : La lutte contre la pauvreté et le développement durable, c’est dans cette dynamique la CNULCD sera aussi à RIO+20, êtes vous assurés que vos partenaires seront dans la même dynamique que vous ?

L. G. : Chacun va à Rio en voyant les défis à travers son prisme. Je souhaite qu’il y ait des convergences. L’Afrique dans sa totalité en moyenne a généré un taux de croissance de 4,5 à 5,5 % tout au long de la décennie écoulée, cette croissance n‘a pas réduit la pauvreté, cette croissance n’a pas assuré la sécurité alimentaire.

L’Afrique reste encore la zone la plus vulnérable par rapport à la sécurité alimentaire, la zone la plus vulnérable par rapport aux sécheresses, la zone où l’on observe le plus de phénomènes de famine. S’il y a une croissance qui ne réduit pas la pauvreté, cela signifie qu’elle n’a pas été générée à partir ou en activant le capital des pauvres. 70 % des pauvres actifs vivent en milieu rural en Afrique, si c’est la terre qui est leur capital, il faut activer la terre, ceux qui vivent dans l’insécurité alimentaire entre 70 – 80 % vivent en milieu rural là où la terre dans sa productivité ne suffit plus pour les nourrir. Si on ajoute sécurité alimentaire et réduction de la pauvreté on peut imaginer que chaque fois que l’on améliorera la productivité des terres ou la fertilité des sols, on réduira la pauvreté et on assurera la sécurité alimentaire et c’est cela le sens de mon appel.

Entretien réalisé par Félix OUEDRAOGO à Alger

Préparatifs de RIO + 20 : Les Civilisations disparues sont celles qui ont négligé la terre

Environnement | 13-06-2012, 20:17
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