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Aisha. C’est le titre du dernier long-métrage du tanzanien Chandé Omar. Dans la course pour l’Etalon d’or de Yennega, le film pointe du doigt un des pires crimes dont sont victimes de nombreuses femmes de par le monde : le viol collectif. Une horreur peinte avec subtilité à travers l’histoire d’une jeune dame, du nom de Aisha.

Aisha. Prénom de la troisième épouse du prophète Mahomet, sa favorite. Aisha, décrite comme « la reine de Saba » dans une composition de Jean Jacques Goldman et interprétée par le chanteur de raï algérien Khaled. Et c’est ainsi que le réalisateur Chandé Omar a choisi de prénommer son héroïne. Un choix quasi intrigant tant l’image à laquelle renvoie ce prénom tranche d’avec la brutalité du sujet abordé dans le film.

Aisha est une jeune pharmacienne résidant avec son époux à Dar es salam, la capitale tanzanienne. Femme émancipée, sa vie de couple est sans histoire jusqu’à ce qu’elle se voit obligée de retourner dans son Pangani natal pour assister au mariage de sa sœur cadette.

C’est alors que, caméra à l’épaule, Chandé Omar embarque le cinéphile pour lui faire vivre, avec la jeune femme, un drame que nul n’aurait imaginé. Une fois au village, Aisha se retrouve contrainte de faire face aux avances de son amoureux de jeunesse. Repoussé, celui-ci organise le viol en bande de celle qu’il prétendait pourtant aimer. Meurtrie et déshonorée, Aisha l’est doublement, quand elle est raillée par les villageois, y compris les femmes, rejetée par son époux, découragée et culpabilisée par son frère et lorsqu’elle découvre que ce dernier a, lui aussi, commis pareil crime de par le passé.

Mais pas question pour Chandé Omar de se limiter à cette simple peinture d’une réalité terrible. Non, pour lui, les choses peuvent et doivent changer. Il engage, alors, son héroïne dans une démarche de dénonciation. Briser l’omerta est le mot d’ordre.

Avec ce film, le réalisateur, actuel directeur de la télévision de Zanzibar reste fidèle à son engagement pour la cause féminine. Chandé Omar est auteur de plusieurs documentaires et téléfilms, long et courts-métrages, sur les conditions de la femme, de la jeune fille et de l’enfance. Parmi eux, « Giving Women a Voice » (2004), « Nyufa » (2008). Avec ses œuvres, l’homme est un habitué des compétions où il a même glané des prix dont celui de l’International Video Competition, au Japon.

Mais peu importe les prix, est-on tenté de dire, quand le cinéma est utile comme c’est le cas chez Chandé Omar. Quand il permet de mettre la créativité au service d’une noble cause comme c’est le cas, aussi, avec « Aisha », ce prénom derrière lequel le réalisateur a su dissimuler ce mal si profond et répandu, en témoignent les statistiques énoncées à la fin du film, qu’est le viol collectif des femmes.

Annick Rachel KANDOLO

ASCRIC-B

Cet article est une critique de l’ASCRIC-B

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